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Jerôme Lamy sur "En devenant Foucault" en Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 103

Référence électronique
Jérôme Lamy, « José-Luis Moreno-Pestaña, En devenant Foucault. Sociogenèse d’un grand philosophe », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 103 | 2008, mis en ligne le 22 juin 2009, Consulté le 17 août 2009. URL : http://chrhc.revues.org/index126.html



Le danger des études biographiques classiques est d’osciller entre l’hagiographie sans relief et l’exercice d’érudition sans perspective. José Luis Moreno Pestaña propose un dépassement original et maîtrisé des écueils inhérents à ce type d’exercice. Il retrace la trajectoire de Michel Foucault dans ses années de formation et ses premières productions scientifiques. Le parti pris d’une étude sociohistorique de la genèse du parcours intellectuel d’un des philosophes français majeurs du xxe siècle repose sur une analyse fouillée des conditions sociales, personnelles, professionnelles et cognitives qui délimitaient l’espace des possibles pour le jeune Foucault. José Luis Moreno Pestaña n’enferme pas a priori le philosophe dans une trajectoire inexorable ; il restitue, au contraire, l’ensemble des dispositions et des contraintes, des opportunités et des entraves qui constitue l’horizon de Michel Foucault à l’aube de sa carrière.

Dans un premier chapitre, José Luis Moreno Pestaña souligne le poids du schéma familial dans l’orientation scolaire de Foucault. La position sociale élevée de sa famille lui permet de dépasser son origine provinciale, d’intégrer le meilleur lycée parisien et de choisir les disciplines de consécration intellectuelle. Parallèlement, son homosexualité l’expose à une humiliation qu’il redoute.

Le deuxième chapitre détaille la manière dont les tensions personnelles de Foucault (i.e. instabilité psychique, double vie, tentation de fuir, origines bourgeoises, position sociale) s’articulent à un espace scolaire dans lequel il cherche à s’intégrer. C’est donc dans la position contradictoire de « l’élu/réprouvé » que Foucault intègre l’École Normale Supérieure en 1946, lieu d’excellence conforme à l’attente bourgeoise. José Luis Moreno Pestaña insiste sur l’impérieuse nécessité de positionner son étude à l’intersection d’un habitus et des situations qui l’actualisent. Cette « analyse sociologique au ralenti » repousse la tentation déterministe. Les questions qui agitent le jeune Foucault autour de la maladie mentale et de la psychologie sont aussi des axes de recherche vivement débattus au sein du champ intellectuel. Deux univers s’ouvrent alors à Michel Foucault dans ses années de formation : la psychologie et la philosophie. Le jeune homme évolue alors entre les deux disciplines sans s’arrimer solidement à l’une d’entre elles. Proche de Lagache et de Merleau-Ponty, il tente dans ses premiers travaux de suivre Hegel « sans perdre l’ascendant que donnait Husserl ». L’environnement politique contribue lui aussi à façonner la trajectoire de Foucault. Le communisme constitue une voie politique classique pour les normaliens d’après-guerre. Michel Foucault ne se résout pas à l’orthodoxie communiste et se fabrique un « communisme nietzschéen » sur mesure. Toutefois cette proximité avec le marxisme permet à Foucault de produire – à partir des travaux de Politzer – une critique argumentée de la psychologie qui est perçue non comme une accumulation de savoirs positifs, mais comme une révision permanente des jugements précédents.

Le troisième chapitre montre comment Foucault, par son travail sur Binswanger, tente de s’affirmer comme philosophe. José Luis Moreno Pestaña remarque avec justesse que le jeune philosophe ne parvient pas à rendre cohérentes les différentes sphères (intellectuelle, politique, sociale) dans lesquelles il évolue. Surtout, il doit se conformer aux attentes du champ intellectuel. Foucault rédige, à la demande de Jacqueline Verdeaux, une introduction au texte de Ludwig Binswanger, Le rêve et l’existence, paru en 1954. José Luis Moreno Pestaña analyse la production de Foucault à partir des dispositions et des contraintes qui pèsent sur lui : il doit faire montre d’une culture philosophique étendue, articuler des références qui témoignent de sa formation normalienne et singulariser sa position d’héritier. Les thèmes qu’il introduit (en particulier une discussion des points aveugles de la phénoménologie) sont à l’époque les plus débattus. C’est en quelque sorte à un exercice scolaire de légitimation et à l’affirmation d’une position (non encore assurée) de philosophe que s’essaye Foucault dans cette introduction à Binswanger. José Luis Moreno Pestaña détecte là le « sens aigu du tact intellectuel » du philosophe encore débutant, qui agence un système de « coordonnées » personnelles (i.e. peur de la chute, stigmates) à des attentes institutionnelles et intellectuelles rigides.

Le quatrième chapitre explore, à partir d’une lecture rigoureuse de Maladie mentale et personnalité, ouvrage paru en 1954, la manière dont Foucault s’arrache progressivement au cadre disciplinaire de la psychologie pour tendre vers celui de la philosophie. Dans son ouvrage, Foucault questionne la dimension psychologique de la maladie en détaillant les conditions sociales et médicales de sa perception. La tension est forte, dans le texte, entre une critique aiguë de la psychologie, incapable de se déprendre du cadre social de sa production, et l’acceptation de certaines explications fournies par la psychologie. Dans le même temps, Foucault, même s’il opère dans un référentiel marxiste, ne cherche pas à en respecter scrupuleusement la doxa.

Le cinquième et dernier chapitre du livre évoque la progressive stabilisation de l’habitus de Foucault. La tension disciplinaire entre psychologie et philosophie est trop forte pour rendre possible un positionnement cohérent dans le champ intellectuel. Foucault s’affirme donc, après Maladie mentale et personnalité, comme philosophe. Il écarte la psychologie de son horizon théorique en raison de ses insuffisances épistémologiques et conquiert une légitimité scientifique que seule une référence disciplinaire claire peut offrir.

L’ouvrage de José Luis Moreno Pestaña offre des perspectives nouvelles aux approches biographiques sociohistoriques. L’attention portée aux dynamiques du champ intellectuel, aux dispositions personnelles de Foucault, aux contraintes institutionnelles et cognitives, ainsi qu’au processus d’actualisation de ces différentes dimensions, permettent de dégager les phases clés d’un parcours jamais déterminé à l’avance, ouvert à de nombreuses potentialités et travaillé par Foucault lui-même.

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