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Compte rendu en Liens Socio de Normes, déviances, insertions

Par Muriel Epstein

L’ouvrage co-dirigé par Gérard Mauger, José Luis Moreno Pestana et Marta Roca i Escoda est intellectuellement stimulant. « Intellectuellement stimulant » le mélange des approches psychologiques, psychanalytiques et des différents courants sociologiques et anthropologiques, « intellectuellement stimulante » aussi la diversité des normes explorées : celles du rapport au corps sous des angles aussi variés que l’alimentation (l’anorexie essentiellement), la sexualité à travers l’homosexualité, ou la drogue, celle du rapport aux institutions à l’école, au parlement, à la politique, à la psychanalyse. La variété des sujets, des auteurs, des styles d’écriture, des méthodes et des approches oblige à une gymnastique intellectuelle salutaire, conduit à repérer les trames communes de sujets différents... Et c’est ainsi que l’ouvrage atteint son objectif : nous montrer différentes représentations des normes.

Dix articles (et une introduction) composent ce recueil autour d’un thème commun : les normes, leur contournement (la déviance) et l’insertion sociale des gens qui n’y entrent pas. Trois axes d’interrogation du thème, qui constituent les trois parties de l’ouvrage se succèdent : 1) le « codage politique », c’est-à-dire le fait d’étiqueter politiquement une pratique comme déviante, 2) le « codage savant », qui correspond ici à la définition des normes par les experts du champ, 3) « déviances et institutions de réinsertion » qui étudient le rapport entre les déviants et leurs institutions de réinsertion.

Le premier article, Sur la déviance en politique, L’exemple de l’émeute de novembre 2005 de Gérard Mauger montre comment une partie des acteurs s’est évertuée à disqualifier politiquement ce mouvement populaire sur un plan juridique, moral, culturel, religieux, politique tandis qu’une autre tentait de requalifier les pratiques, l’événement, et la cause des émeutiers. Il utilise ensuite ces éléments pour construire l’objet sociologique « l’émeutes de novembre 2005 » et s’interroger sur les suites politiques de l’événement, avec notamment une invitation à changer la nature des relations entre les « jeunes émeutiers » et la politique.

Le second article, La problématisation de l’expérience homosexuelle à l’épreuve du sida en Suisse par Maria Roca i Escoda, part de cette maladie qui avait été baptisée en Suisse GRID (« gay related immuno-deficiency ») pour étudier les liens entre la prévention, l’étiquetage, et la discrimination des homosexuels. Il retrace dans une perspective socio-historique le jeu des associations rapidement mobilisées qui ont permis d’orienter des campagnes d’information et de les rendre plus efficaces car non stigmatisantes.

Le chapitre sur « déviances et codage politique » est clos par un article d’Emmanuel Soutrenon intitulé Les usages du « répressif » et du « social ». Un débat parlementaire exemplaire, s’intéresse au débat parlementaire qui eut lieu à la fin des années 1980 sur la politique à adopter face au vagabondage et à la mendicité. Une première partie pose les termes du débat, entre la nécessité d’un arsenal législatif ou celle d’un règlement « social » de la question. La seconde partie examine en quoi l’affrontement juridique était aussi et avant tout politique et moral. L’article conclut sur la nécessité d’avoir une vue d’ensemble.

La seconde partie « déviance et codages savants » s’ouvre sur un article de Samuel Lézé intitulé Déviance émotionnelle et micropolitique du trouble. Eléments pour une théorie de l’autorité charismatique en psychanalyse. Il s’attache à montrer, à travers une analyse de récits de 40 patients et 40 psychanalystes, que si un médecin est jugé sur son succès à guérir, un psychanalyste n’est jugé « qu’en fait (...) sur les effets de sa pertinence » et qu’il est difficile de conclure à l’existence d’une norme unique.

L’article suivant Des problèmes scolaires aux difficultés psychologiques. Reformulations d’une déviance par Stanislas Morel étudie, à partir d’une enquête en CMPP (centre médico-psycho-pedagogique) comment sont interprétées psychologiquement les déviances scolaires et comment la demande de soin intervient à l’école. Il met notamment en évidence à travers quelques exemples la médicalisation de l’échec scolaire, sa reformulation, et comment cette dernière est acceptée ou non par les familles. Il s’intéresse ensuite à la façon dont, au contraire, les institutions de soins se démarquent des problèmes scolaires qui ont été à l’origine de la demande et s’interroge sur le fait que ces soins relèvent ou non d’une psychothérapie. Il conclut en questionnant l’effet de ces thérapies sur le cursus scolaire.

La réception du concept d’homosexualité. Généalogie d’un objet savant en Espagne de Fransisco Vasquez Garcia conclut la seconde partie de l’ouvrage en retraçant le parcours historique d’une représentation avec notamment cinq catégories (sodomie active, inversion sexuelle, efféminement, homosexualité et homosocialité) qui donnent des perspectives différentes sur la vision sociale du concept à travers le temps.

L’article d’Isabelle Coutant Insertion socio-professionnelle et éducation morale des jeunes délinquants inaugure la dernière partie de l’ouvrage, sur les déviances et les institutions de réinsertion. Après avoir exposé les entrées dans la carrière délinquante et les motifs de sortie qui accompagnent normalement le passage à l’âge adulte, l’auteure décrit les conditions sociales de l’adhésion à une entreprise de conversion, conditions qui ont évolué avec l’éloignement de la culture de rue par rapport à la culture ouvrière. Elle explique ensuite les différents leviers de conversion avant de conclure que sans projection dans l’avenir, ces leviers restent inutiles.

Muriel Darmon dans Déviances corporelles et classes sociales propose une réflexion stimulante sur un plan tant méthodologique que sociologique. Elle s’interroge en effet sur la possibilité d’analyser une déviance au sens de Becker en utilisant les outils de « classes sociales » légués par Bourdieu. L’exemple de l’étude, l’anorexie, visualisée comme une déviance féminine des classes moyennes et supérieures, est étudiée en tant que carrière tardivement identifiable d’une part mais également à travers la « machine à faire maigrir » que constitue les « Weight Watchers ». Elle décrit le détail de fonctionnement ces groupes plutôt destinés à des classes populaires et moyennes auquel assistent en « catimini » des membres des classes aisées, car ils sont plutôt efficaces.

Le problème d’une double réinsertion est posé par Fabrice Fernandez dans Au risque de rester « dedans ». Le double travail d’ajustement des usagers de drogues incarcérés. Face à une double injonction pour des prisonniers usagers de drogue, l’auteur met en évidence l’existence de parcours et de rapports différents à la drogue dépendant de l’ajustement ou non au monde carcéral d’une part et du maintien de liens ou non avec l’extérieur. Il en ressort une typologie en quatre catégories : la bifurcation (ceux qui changent de vie et participent à la vie en prison), la confrontation (ceux qui maintiennent leur lien avec l’extérieur et s’opposent aux règles du monde carcéral), la coordination (ceux qui tentent de maintenir les liens avec l’extérieur tout en participant à la vie de la prison) et la conjonction (pour ceux qui cherchent la prison ayant rompu tout lien avec l’extérieur mais y sont très isolés car ils y viennent pour recevoir des produits de substitution).

L’ouvrage se clôt sur un article de José Luis Moreno Pestana intitulé L’expérience sociale des troubles alimentaires. De l’exceptionnalité à la chronicité douce. L’auteur commence par décrire les différentes formes d’expériences du trouble alimentaire (essentiellement l’anorexie), puis la gestion « profane » (par opposition à la gestion médicale) selon la conception familiale de l’anorexie (le contrôle corporel pouvant être la norme dans les classes dominantes tandis qu’il est identifié rapidement comme une déviance dans les classes populaires). Selon le parcours et la classe sociale des jeunes femmes, il sera proposé à ces dernières plusieurs visions des troubles alimentaires, points de vue qu’elles pourront choisir (l’anorexie est une façon de vouloir rester jeune, l’anorexie est liée au marché sexuel et amoureux, etc.) et selon leur choix travailler sur un mode de sortie adapté (accepter de vieillir, accepter l’érotisation de son corps, etc.). Les deux dernières parties de l’article s’intéressent aux trajectoires thérapeutiques et au lien avec le thérapeute qui devient « conseiller de vie ».

Ainsi, à travers une réelle variété de champs, cette troisième partie montre différents liens entre des déviants de diverses natures et les personnes ou les institutions supposées les remettre dans le « droit chemin ».

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